La télévision, obstacle à la rencontre

(Hier, nous discutions de cinéma québécois. Aujourd’hui, attardons-nous à la télévision. À la sacro-sainte tivi.)
Votre vie sentimentale est insatisfaisante, vous souffrez de la solitude et de l’ennui ? Un conseil d’ami : diminuez radicalement votre consommation de télévision. Et sortez !
Au Québec comme dans plusieurs pays occidentaux, la télévision est la troisième activité en importance après le sommeil, le travail ou l’école. Le petit écran est si bien intégré à notre quotidien que nous perdons souvent de vue à quel point il occupe une part démesurée de notre agenda. Les statistiques sont pourtant effrayantes : les Québécois consacrent une moyenne de 20 à 30 heures par semaine à la télévision, selon les résultats de diverses enquêtes et sondages (23,3 heures hebdomadaires en 2004, selon Statistique Canada).
En seulement un demi-siècle, la télévision a disloqué la vie familiale, éliminé ou affaibli de nombreuses activités de groupe, engendré une culture de la solitude et de la passivité. Le petit écran devait nous «ouvrir au monde» ; il nous enferme dans notre salon. «Faire de la télévision une occupation majeure de sa vie crée, de façon quasi mécanique, une coupure avec son entourage», rappelle le sociologue de formation et consultant Michel Lemieux dans un essai publié en 2004 aux Éditions Écosociété, La télé cannibale (le meilleur livre que je connaisse sur les effets pervers du petit écran).
Personnellement, je crois que la télévision a réussi en quelques décennies ce que le colonialisme, l’Église, le grand capital et toutes les forces conservatrices ont tenté pendant des siècles, sans y parvenir complètement : domestiquer les Québécois. Ce peuple jadis original et dynamique est aujourd’hui passif, assis (trop) sagement 20, 25 ou 30 heures par semaine devant un appareil qui crache des images et du bruit. Comble de la servitude volontaire, les drogués de la télévision se plaignent… de la solitude et du manque de temps libre !
Je ne porte pas ici de jugement sur le contenu des émissions télévisées. Regarder des infopublicités ou regarder l’opéra à la télévision 25 heures par semaine, c’est du pareil au même : 25 heures d’inactivité totale, de niaisage intégral, d’isolement social, de non-vie. Autrement dit, ce que nous présente la télé a moins de conséquences sur la société que le temps démesuré que nous y accordons. À 20 ou 30 heures par semaine en moyenne, c’est du gaspillage de temps à grande échelle. C’est aussi un grave problème de santé publique : l’inactivité chronique favorise l’obésité, le tabagisme, etc., malsaines habitudes qui n’ont rien pour rendre un corps sexy et favoriser la rencontre amoureuse ! «Si on ramenait ce chiffre [sur l'écoute de la télévision] à cinq heures hebdomadaires, toute la face du monde occidental en serait changée», souligne Michel Lemieux.
Vous voulez changer votre vie (et, pourquoi pas, la face du monde occidental) ? Commencez par éteindre la télé. Automatiquement, vous verrez apparaître du temps libre dans votre agenda. Ce temps libre, consacrez-le à des activités culturelles, éducatives, sportives, sociales, etc. Vous rencontrerez de nouveaux visages et, qui sait, vous tomberez en amour…
(Il existe, dans notre monde de fous, quelque chose que je déteste encore plus que la tivi : les chansons d’amour. Ce sera le sujet d’un billet demain.)

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
L’effet pervers de la télévision est le manque d’écoute généralisée (!). La télé est surtout un son ambiant, qui désennuie bien des gens. On l’écoute d’une oreille pas très attentive. Avec le temps, on écoute de moins en moins notre environnement. On est devenu distrait. Cela se répercute sur les relations humaines. Cependant, le public a un pouvoir énorme sur la télévision: celui de fermer l’appareil définitivement.
On pourrait aussi bien changer tous les mots télévision dans ce texte pour le mot Internet… et peut-être aller plus loin et ajouter “sites de rencontre” qui, bien qu’il y ait des succès, génèrent moins de rencontres viables que dans la vie de tous les jours, dehors, au hasard.
Ouste le virtuel, il faut rencontrer dans le réel, qu’il y ait une suite ou non.