Cette sacrée peur du rejet (4)
Comme je l’expliquais dans mon précédent billet, beaucoup d’hommes ne font plus aucune tentative de séduction parce qu’ils sont littéralement paralysés par la peur que la femme convoitée les rembarre sèchement. Mais permettez-moi de vous raconter une anecdote qui fera peut-être réfléchir certains d‘entre vous.
Dans mon métier de journaliste, je réalise chaque semaine des entrevues avec de nombreuses personnes, hommes et femmes de tous âges aux occupations variées. La plupart des entretiens sont réalisés par téléphone, mais certains se font en personne. Au printemps dernier, j’ai eu l’occasion d’interviewer dans son bureau un homme assez haut placé dans la hiérarchie d’un organisme dont je tairai le nom. Cette personne, il faut le signaler, a la réputation d’être un sacré coureur de jupons et ce, malgré sa soixantaine avancée et son statut marital. À peine passais-je la porte de son bureau qu’il me demandait si j’étais mariée. La table était mise…
Ma réponse négative a littéralement déclenché (mais peut-être en aurait-il été de même avec une réponse positive…) un processus de drague frontale dans les règles, auquel j’ai réagi par des sourires crispés et des petits rires gênés. L’effet de surprise était total ; il faut dire que je n’en ai plus l’habitude. Cela ne m’était plus arrivé depuis des lustres, compte tenu du peu d’ardeur des mâles québécois dans ce domaine !
Lorsque je quittais enfin son bureau, ayant décliné les nombreuses propositions qui m’avaient été faites, j’étais d’humeur légère et folâtre. Le soir même, je soupais avec une amie à qui je racontais mon aventure du matin. Après en avoir rit tant et plus – car l’homme avait véritablement une personnalité flamboyante et des techniques de drague à l’avenant –, nous nous sommes regardées d’un air grave. «Quand même, c’est flatteur, m’a déclaré mon amie, songeuse. Si j’ai besoin de me remonter le moral, je vais lui demander un rendez-vous…».
Oui, je le confesse: c’était flatteur. Et ce même si le séducteur en question était marié, bedonnant et suffisamment âgé pour être mon père ! Je souligne son audace, car même s’il savait que ses chances avec moi étaient inférieures ou égales à zéro, il a tout de même tenté sa chance.
En guise de conclusion, je citerai le commentaire d’une internaute à l’un de nos billets : «On oublie que la drague est un jeu. Le but c’est pas toujours de “closer” … c’est juste de jouer le jeu, pour le plaisir, ce que plusieurs semblent oublier.» Des paroles à méditer…

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Bon point Emmanuelle. Le plaisir du jeu… sans trop se prendre au sérieux car finalement lorsqu’on drague, on ne fait pas une demande en mariage. On ne sait jamais ce qui en résultera: quelques minutes de jeu, une nuit, quelques semaines ou une relation plus longue…
On ne joue pas sa vie, on joue tout simplement…
Une question me vient à l’esprit:
Si je suis marié et que je “joue” à la drague avec une inconnue, comment ma femme réagira-t-elle?
Bonjour «Prince»!
Eh bien je n’en sais rien, demandez-le lui! Vous pouvez aussi observer la réaction de Bernadette Chirac, femme de l’ancien président de la République française, lorsqu’elle prend son mari Jacques en flagrant délit de drague avec une blonde inconnue…
Blague à part, il va de soi que dans notre livre nous voulons essentiellement parler d’adultes célibataires et consentants.
Pour répondre à la question de «Prince»: séduire, ce n’est pas tromper son conjoint ou sa conjointe. Un individu en couple peut manifester des comportements de séduction avec des inconnus, il ne fait rien de mal. Au contraire, il fait du bien! Séduire, c’est un code social, une façon d’entrer en contact avec les gens, d’être aimable en société. Au Québec, malheureusement, ce code social est mal compris, peu et mal pratiqué.
Holà! Il n’y a rien de mal à jouer le jeu de la séduction. Je le joue moi même au quotidien avec les hommes bien-entendu mais aussi avec les femmes (j’appelle ça faire du charme). J’étais en couple dernièrement avec un homme tout autant séducteur que je le suis et on ne se prennait pas la tête pour des belles paroles et des beaux sourires envoyés à des inconnus rencontrés ici et là. S’il aurait fallu que mon conjoint me fasse une crise à chaque fois, moi qui travaillais avec le public et une panoplie de livreurs et de représentants, on n’en serait jamais sorti.
Le commentaire de “Prince” traduit bien le comportement du mâle québécois qui se sent totalement castré (sans raison) par le fait qu’il a une blonde/conjointe/femme. Les gars, draguer n’est pas tromper. Tromper, c’est échanger des fluides corporels avec une autre personne. Pas de fluides, pas d’adultère. Come on ! Il peut y avoir drague même si la possibilité de “consommation” est tout à fait exclue. L’important, c’est de laisser comprendre que si c’était possible (si on était célibataire), les choses seraient différentes.
Des fois, je me dis que les mâles québécois ne pensent plus assez avec leur queue…
Bref, Québécois: “Pensez avec votre queue, mais sachez quand faire un noeud dedans”.