Cette sacrée peur du rejet…
Qu’est-ce qui paralyse davantage un homme que le refus de la femme convoitée ? La peur du rejet elle-même ! Se faire dire non est une chose, et on comprend que le dragueur soit échaudé par cette réponse. Mais il y a pire encore : lorsque la seule crainte de se faire dire non tue dans l’œuf toute velléité de séduction.
Cette peur maladive du rejet semble enracinée au cœur même du mâle québécois. C’est du moins ce qui ressort de toutes les entrevues réalisées pour notre livre Les Québécois ne veulent plus draguer et encore moins séduire (publié en septembre 2009 par Les Éditions de l’Homme).
«Je ne veux pas qu’on me prenne pour un macho», disent les uns. «La drague peut-être perçue comme une agression par les femmes», mentionnent les autres. Résultat : beaucoup de Québécois n’osent même plus aborder une créature du sexe opposé.
Cela me rappelle une anecdote. Le printemps dernier, une amie prend un verre après le travail en compagnie d’une collègue. Un homme assis au bar dévisage mon amie; visiblement, il la trouve à son goût. Ils échangent des regards, tous les espoirs sont permis, mais la soirée avance et il ne fait aucune tentative d’approche. Lorsque mon amie finit par s’en aller, elle frôle l’homme et lui lance un sourire radieux, invitant. Pour toute réponse, il prend un air contrit et plonge les yeux au fond de son verre. «Il y a quand même du progrès : un homme m’a presque adressé la parole hier soir», m’a-t-elle confié par la suite.
Imaginons la même scène avec un Méditerranéen, un Sud-Américain ou un Africain, et la finale serait tout autre. Ces derniers ont la drague facile, et ne se laissent pas démonter par un refus non plus. Mais chez nous… c’est le calme plat. Bon nombre de Québécois préfèrent d’ailleurs la solitude au risque d’être éconduit par une femme.
D’où vient cette peur viscérale du rejet ? C’est ce que nous explorerons dans le prochain billet.

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
J’arrive de Marseille et oui, les hommes sont bien différents. Même lorsqu’une femme est accompagnée, ils se font un honneur, dès que le compagnon est au bar ou aux toilettes, de faire quelques compliments, voire de présumer qu’ils en feraient plus si seulement nous étions “libres”… “À bientôt Bella”, m’a-t-on lancé à quelques reprises, et certains vont même jusqu’à remercier une belle femme d’avoir illuminé leur moment passé en sa compagnie (oui, même s’ils ne la draguaient pas, enfin pas ouvertement).
Le début de la drague il est là, dans un compliment, jeté comme un hameçon. Ça devient presque une forme de politesse, une reconnaissance du potentiel de séduction de l’autre. Parfois ça marche, sinon au moins le gars laisse une bonne impression. Et disons-le, ça remonte drôlement le moral
Ce que j’ai remarqué avec le temps est le manque de subtilité du “mâle” québécois. En tant que spectateur, je me dit souvent: il vient de manquer une bonne chance de fermer sa gueule! Il faudrait des cours de politesse à l’école. Je comprends bien les Québécoises de regarder ailleurs.