Le premier billet

Au printemps 2006, au détour d’une balade en ville, nous discutions de séduction et de drague avec des amis d’origine européenne. Il était notamment question de l’ahurissante incompétence du Québécois moyen («de souche», s’entend) en la matière. Surtout des hommes. À l’époque, nous prenions pour acquis que les Québécois étaient, sans l’ombre d’un doute, les pires dragueurs-séducteurs en Occident. Au terme de la discussion, l’idée fut soulevée de pondre un livre à ce sujet : «Vous deux, vous êtes journalistes; vous pourriez écrire là-dessus.»
Un livre. Sur le coup, la proposition nous a fait rire. Quelques jours plus tard, nous y avons repensé sérieusement. Quelques semaines plus tard, nous nous mettions au travail.
Notre hypothèse de base, en s’attaquant à ce qui allait devenir Les Québécois ne veulent plus draguer… et encore moins séduire, était la suivante : les Québécois sont les plus nuls, les plus minables, les plus £*¡¥Š???!! qui soient en matière de drague et de séduction.
Cette hypothèse n’a pas résisté à l’épreuve des faits: nous avons découvert, au fil de nos lectures, rencontres et interviews, que les Québécois savent très bien ce que séduire et draguer veut dire. Là n’est pas le problème.
La caractéristique clef des Québécois des années 2000, c’est qu’ils ne veulent plus draguer. Et encore moins se montrer séducteurs.
Pourquoi ? Les Québécois ne veulent plus draguer… et encore moins séduire, publié aux Éditions de l’Homme, tente de répondre à cette question.
Et vous êtes cordialement invités à en discuter avec nous dans ce blogue.
Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.
Pourquoi les Québécois ne draguent plus ?
C’est bien simple, ils sont passés à autre chose.
Nos femmes nous donnent l’impression qu’elles sont bien plus agacées ou agressées que séduites, quand un Québécois moyen leur joue cette espèce de pièce de théâtre instantanée, à moins qu’il soit Roy Dupuis,
ou qu’il ait quelques signes évidents de prospérité financière…
Après quelques décennies de “Fais de l’air, gros épais !” (Cruising bar ?), il est un peu normal que les
gars agissent autrement.
Signifier à quelqun qu’il/elle ne nous laisse pas indifférent ne devrait pas être un comportement exclusivement masculin.
Evidemment de cette façon, les femmes perdent le confort de ne jamais essuyer de refus, ce qui siginifie la
fin des illusions de la chevalerie, de la galanterie…
Bienvenue au 21e siecle !
C’est l’effet pervers de l’évolution des moyens de communication. On communique de plus en plus vite. Ce qui ne veut pas dire qu’on communique mieux. Une autre explication, héritage de notre éducation judéo-chrétienne, est la mentalité “né pour un petit pain”. Disons que ça place la barre assez bas merci.
Évidemment, il y a pleins d’autres avenues à explorer…
Pour avoir vécu 10 ans en France, avoir voyagé dans plusieurs pays en Europe et être installée depuis plusieurs années au Québec, je trouve effectivement que les Québécois ont moins de “couilles” que les Européens.
Les Européens ont l’air de se ficher un peu plus du rejet. Ils s’essaient et se disent que le pire qui peut leur arriver, c’est que la fille dise non. Les Québécois ne prennent même pas la peine. Essayez, au moins! Et si vous vous faites revirer de bord de façon assez bête voire méchante comme beaucoup de filles le font, préparez-vous une réponse tout aussi “bitch” et remettez-là donc à sa place! Mais au moins vous aurez essayé
Je découvre ce blogue ce matin et je l’adopte de facto.
Bonjour Mazsellan,
Revenez nous voir tous les jours (ou presque!), ce blogue n’en est qu’à ses premiers pas.
Hmmm,
J’ai bien hâte de vous lire, car a priori j’aurais l’intuition inverse. Draguer c’est loin d’être facile. Ça requiert du talent, de la théorie, de l’effort et de la pratique. Je pense que draguer est une aptitude qui se développe et se transmet culturellement. Or je crois qu’au Québec, à cause de l’Église catholique, les modèles de drague ont été réprimés et on se retrouve avec un peuple de dragueurs novices, de père en fils. De plus, nous sommes passés de l’organisation coloniale à un système seigneurial/agricole puis à un système urbain/banlieue… sans jamais développer une noblesse et une époque romantique.
Donc le problème, ce n’est pas que les femmes soient trop exigeantes, mais plutôt que les gars sont trop nuls par manque de culture romanesque. Pour illustrer, le type d’approche le plus courant consiste à attendre d’obtenir un contact visuel avec la demoiselle, puis à attendre (encore) s’il va se produire quelque chose… Sinon, on approche la fille pour lui parler de platitudes du genre : “Comment tu t’appelles ?”, “Qu’est-ce que tu fais dans la vie?”, “Où est-ce que tu habites?”, etc. Bref, la première chose qui passe par la tête. D’autres techniques complètement nulles consistent à donner des compliments, à demander de l’attention, à déclarer nos sentiments, à faire des cadeaux, etc. Ce que les Québécois ne comprennent pas, il me semble, c’est qu’on ne séduit pas une femme en étant nous-mêmes et en suivant la première intuition venue.
NN
Neon Lights, votre commentaire est génial ! Vous synthétisez très bien la situation qui nous préoccupe, Emmanuelle et moi.
Le Québec est une société jeune, effectivement, qui s’est développée tellement rapidement… Nous avons vécu depuis la Révolution tranquille un développement accéléré qui, dans d’autres pays, a mis beaucoup plus de temps à se dérouler.
Coïncidence, je suis actuellement en train de réfléchir au pourquoi du comment de l’absence de culture de la séduction au Québec, et même au rôle de l’école à cet égard. Je prépare un billet à ce sujet. Nous aurons l’occasion d’en reparler…
Lorsque j’étais jeune, je ‘cruisais’
mes frères ‘cruisais’
Mes oncles ‘cruisaient’…
Les plus vieux cruisaient…
***
Non, ce qui se passe au Québec est tout simplement une ‘castration/féminisation’ programmée (i.e. Gars: acceptez la discrimination négative, vous devez ‘payer’ pour vos ancêtres machos), de la masculinité des hommes ‘traditionnels’ et la ‘masculinisation’ (Let’s go girl power) tout aussi programmée des femmes ‘traditionnelles’.
La cassure est énorme !
Lire la suite, seulement si vous êtes prêts à lire une réalité beaucoup trop souvent occultée:
Au niveau social et relationnel, c’est du néo-marxisme que nous vivons, ici. Et avant de penser que j’exagère, allez lire la formulation des politiques sociales, lois et programmes sociaux québécoises et comparez ces textes aux textes d’Engels et de Marx sur le patriarcat et le prolétariat. Non, je n’exagère pas. Et ce mouvement débilitant est en train de se répandre dans toute l’Europe à la vitesse grand V. Vous allez pouvoir constater -de visu- la castration des -jadis tout puissant- dragueurs français. De belles analyses à faire pour ceux qui ne ‘focussent’ que sur les symptômes (i.e. la drague) d’une crise des relations qui tirent, en réalité, sa source dans une “gestion active par l’État des relations hommes-femmes”. Nous ne sortons jamais à 2 dans un couple au Québec. L’État est de plus en plus présent. La loi de plus en plus envahissante. C’est un couple à 3 que nous vivons. Et les hommes ne sont plus cons que leurs ancêtres. Ils veulent seulement pas être le dindon de la farce. L’égalité n’est que théorique ici et penchant toujours du même bord. je peux vous sortir des dizaines de lois misandres qui discriminent les hommes d’ici. Presque personne en parle… comme si le cadre légal et social n’avait pas un immense impact dans le désert relationnel du Québec ? Quelqu’un a prononcé l’expression: aveuglement volontaire?
Demandez à 100 mecs le pouvoir du *911*… et s’ils sont honnêtes, il vont tous dire la même chose: “les femmes ici peuvent tout avoir avec ce # magique”. Et tous les gars (et filles honnêtes), connaissent au moins un ami, une connaissance, etc, qui s’est fait avoir après une séparation houleuse. Lorsqu’une relation toi=urne au vinaigre, si la femme veut tout, le mec perd tout, itou.
C’est un secret de polichinelle.
Ceux qui disent que les hommes sont terrifiés à l’idée de s’engager, dites-vous c’est qu’ils savent consciemment ou non, ce qui peut les entendre, lorsque le couple se désagrège…
Je suis terrifié, je l’avoue.
L’égalité ici, c’est: “faut favoriser les femmes, partout ! Faut que les hommes se sentent coupables pour tout ce que les hommes font de pas corrects depuis que le monde est monde, etc.”
S’cusez, mais moi -comme des milliers d’hommes- je sais draguer. Par contre, je ne joue plus à jeu de con. Je me suis fait trop souvent avoir par des filles qui AVAIENT L’AIR “OK”.
J’ai donné.
Merci
Bonjour Sébas. J’ai accepté de publier votre long commentaire (car j’aurais pu bloquer sa publication, je suis administrateur du blogue) même si je ne suis absolument pas d’accord avec votre point de vue.
La liberté d’expression, à mes yeux, est un droit sacré… à condition de ne pas sombrer dans la haine. Et votre commentaire est au seuil de la haine. J’y vois aussi un désespoir profond tendance parano. Je sais que cette réalité existe au Québec et je trouve cela très triste.
Sébas, nous pourrons continuer à échanger dans ce blogue si vous faites l’effort de modérer vos propos.
(AVIS À TOUS : ce blogue ne publie pas de commentaires haineux, sexistes, racistes, etc. Le commentaire de Sébas, c’est la limite à ne pas dépasser. Merci.)
Pour répondre à Neon Night quand elle dit “Ce que les Québécois ne comprennent pas, il me semble, c’est qu’on ne séduit pas une femme en étant nous-mêmes et en suivant la première intuition venue.”
Je ne suis pas du tout d’accord. Je trouve cela triste d’être obligé de deveir un autre pour pouvoir approcher et séduire. Porter un masque et puis hop dès que l’autre voit nos petits défauts humains (ah tiens il manque de courage, ah tiens il pète au lit, ah zut il est broche à foin j’aurais pas cru, etc.) c’est la mort de la relation ou d’une partie de la relation pour beaucoup. Combien d’hommes se font larguer dès qu’ils montrent leur côté “humain”. Faut sortir du romanesque, ça n’est PAS la réalité. Et oui il y a des manières subtiles d’entrer en relation avec quelqu’un sans pour autant se montrer sous un jour platement insipide. On en séduit pas une femme en étant soi même? Mais alors on la séduit en la trompant – illusion, leurre, appât – on la “capture” (le mot piège n’est pas loin), et ensuite? L’autre s’attache et dans le meilleur des cas la tendresse va pouvoir s’installer là où les désillusions avaient creusé le lit d’une rupture? Quelle tristesse!
Arrêtons de croire que la vie de couple est un romantique voyage à 2, et ouvrons-nous le coeur et les yeux. L’engagement a des côtés beaux et forts, des instants de réelle “magie”, mais il y a tout un travaiil pour qui veut perdurer, redécouvrir l’autre, vivre AVEC, passionnément au lieu de menacer de rupture, de fuir, de tromper (dans tous les sens du terme).
Personnellement, un homme qui est lui-même s’il me correspond, je dis OUI à la rencontre, OUI à nous découvrir. S’il marche à l’intuition, la première venue tant mieux c’est qu’il est sensible et assume ses fragilités. J’aime mieux ça qu’un gars sûr de lui qui va m’en mettre plein la tronche avec sa soi-disant confiance en lui et ensuite vouloir me dominer sournoisement parce que dans le fond c’est un frustré narcissique.
Si j’étais un homme québécois je serais outré d’être aussi “objectivé” . On est tous des êtres humains quand même!
Je crois qu’on se perd dans le dédale des jeux pour adultes, des jeux de séduction, quand on s’ennuie de la vie, en manque de relation vraie. Un jour où l’autre la réalité nous rattrape… mais chacun voit midi à sa porte. Cela dit, merci pour cet espace de débat, c’est très intéressant.
Yvy.