Archive pour juillet 2009
Comment survivre aux week-ends ?
Lancée en mai dernier, la série Web-télé Comment survivre aux week-ends ? (sur le blogue du magazine féminin Clin d’oeil) met en scène trois jeunes femmes célibataires dans un Sex and the City à la sauce québécoise.
Sur les 13 épisodes de la série, le septième est particulièrement savoureux. On y relate une blind date désastreuse dont le point fort réside dans les malaises gastriques du cavalier, joué par un Pierre-François Legendre (le Carlos des Invincibles) goujat à souhait. On adore quand il annonce, retournant à table après un passage prolongé aux toilettes : «S’cuse, c’est mon heure»…
Allez, bon week-end !
Les chansons d’amour ? Beurk !
Je le confesse et j’en suis fier : je déteste à mort les chansons d’amour, surtout les balades rock.
Ces compositions musicales bas de gamme se ressemblent toutes. Elles sont monotones comme la pluie (tempo lent, instrumentation mollassonne, paroles convenues) et ultraprévisibles : ça commence doucement, puis le chanteur ou la chanteuse se lamente, force sa voix, les musiciens jouent avec plus d’emphase, et c’est la finaaaaale dégoulinante de pathos.
De deux choses l’une : soit les artistes qui écrivent et interprètent des chansons d’amour ne le font que pour le cash, soit ils sont assez fous pour croire aux niaiseries qu’ils vocalisent comme des désespérés : «je t’ai attendu(e) si longtemps», «un jour, mon Prince viendra», «toi et moi, c’est pour toujours», «je ne pourrai vivre sans toi», etc. Dans tous les cas, ces interprètes contribuent à valoriser des sentiments exacerbés, des mises en scènes irréalistes et des situations pathétiques qui n’ont rien, mais alors rien à voir avec la réalité des relations hommes-femmes, de la séduction et de la rencontre amoureuse. Lire la suite de ce billet »
La télévision, obstacle à la rencontre

(Hier, nous discutions de cinéma québécois. Aujourd’hui, attardons-nous à la télévision. À la sacro-sainte tivi.)
Votre vie sentimentale est insatisfaisante, vous souffrez de la solitude et de l’ennui ? Un conseil d’ami : diminuez radicalement votre consommation de télévision. Et sortez !
Au Québec comme dans plusieurs pays occidentaux, la télévision est la troisième activité en importance après le sommeil, le travail ou l’école. Le petit écran est si bien intégré à notre quotidien que nous perdons souvent de vue à quel point il occupe une part démesurée de notre agenda. Les statistiques sont pourtant effrayantes : les Québécois consacrent une moyenne de 20 à 30 heures par semaine à la télévision, selon les résultats de diverses enquêtes et sondages (23,3 heures hebdomadaires en 2004, selon Statistique Canada).
En seulement un demi-siècle, la télévision a disloqué la vie familiale, éliminé ou affaibli de nombreuses activités de groupe, engendré une culture de la solitude et de la passivité. Le petit écran devait nous «ouvrir au monde» ; il nous enferme dans notre salon. «Faire de la télévision une occupation majeure de sa vie crée, de façon quasi mécanique, une coupure avec son entourage», rappelle le sociologue de formation et consultant Michel Lemieux dans un essai publié en 2004 aux Éditions Écosociété, La télé cannibale (le meilleur livre que je connaisse sur les effets pervers du petit écran).
Personnellement, je crois que la télévision a réussi en quelques décennies ce que le colonialisme, l’Église, le grand capital et toutes les forces conservatrices ont tenté pendant des siècles, sans y parvenir complètement : domestiquer les Québécois. Ce peuple jadis original et dynamique est aujourd’hui passif, assis (trop) sagement 20, 25 ou 30 heures par semaine devant un appareil qui crache des images et du bruit. Comble de la servitude volontaire, les drogués de la télévision se plaignent… de la solitude et du manque de temps libre ! Lire la suite de ce billet »
À tout prendre, les deux chats sont dans le même sac
Dans mon billet de ce matin sur le film québécois J’ai tué ma mère, j’ai cité deux films québécois des années 1960, À tout prendre et Le chat dans le sac. Dans une réponse à un commentaire sur mon billet, je les ai mentionnés de nouveau. Ces deux films emblématiques de la Révolution tranquille, je les ai vus et revus je ne sais combien de fois lorsque je fréquentais le cégep et l’université (je suivais des cours sur le cinéma, j’étais un cinéphile compulsif tendance fétichiste). À l’UQAM, j’avais même rédigé une petite analyse comparative des deux oeuvres.
Dans la soirée, j’ai repensé à ce travail universitaire. Où l’avais-je foutu ? (Car je conserve tout.) J’ai fouillé dans mes archives. J’ai dû rallumer un vieil ordinateur, le secouer un peu… et j’ai retrouvé mon document Word pondu pour un cours sur le cinéma à l’UQAM, intouché depuis 1993 ou 1994 ! Je l’ai relu et, ma foi, je l’ai trouvé assez bon. J’ai entrepris de le réécrire (il y avait des coquilles, et le style était trop académique…), de le coder en HTML et de le publier dans mon site web personnel. (Vive le contenu culturel gratuit sur Internet !)
Vous vous demandez peut-être quel est le lien entre deux films des années 1960 et les relations hommes-femmes dans le Québec des années 2000. Justement, il y a un lien : les personnages masculins d’À tout prendre et du Chat dans le sac, trentenaires urbains en pleine errance existentielle, malhabiles avec les femmes, égocentriques et névrosés, incapables de s’engager, me semblent très actuels. On croirait les ancêtres des Invincibles (le sens de l’humour en moins).
J’ai tué ma mère
Avez-vous vu J’ai tué ma mère, le film québécois le plus talentueux de l’heure, joué et réalisé par le jeune surdoué Xavier Dolan ? Si oui, avez-vous remarqué à quel point ce film brosse un portrait saisissant du triste état des relations hommes-femmes au Québec ? (Et ce bien que le personnage principal du film soit homosexuel.)
Voyez plutôt…

- J’ai tué ma mère met en scène la révolte d’un adolescent qui veut (métaphoriquement) tuer sa mère, mais qui ne parvient pas à s’en détacher (il ne veut pas renoncer au confort domestique assuré par sa môman), donc qui ne veut pas prendre la décision ferme de devenir un adulte. Autrement dit, ce jeune homme se prépare un avenir d’adolescent attardé, comme on en croise tant au Québec.
- Dans J’ai tué ma mère, les hommes adultes et responsables brillent par leur absence (le père de l’adolescent, par exemple), ou ils sont grotesques (le directeur du pensionnat) , comme on en croise tant au Québec.
- Les seuls personnages qui draguent et qui vivent l’amour sont des adolescents homosexuels, et ils le font malgré les obstacles (déni des parents, homophobie à l’école). Les adultes hétéros semblent tous solitaires (mère monoparentale, père absent, etc.), comme on en croise tant au Québec. Un Martien qui visionnerait J’ai tué ma mère pourrait en conclure qu’il n’est vraiment pas valorisant d’être hétéro au Québec, et encore moins d’avoir des enfants!
- Les personnages du film les plus solides, les deux pieds sur terre, sont féminins : la mère monoparentale de l’adolescent révolté (elle se lève tous les jours à 5h30 pour bosser et elle fait de son mieux), l’enseignante qui encourage l’adolescent à persévérer, la directrice de l’agence de marketing, etc. Des femmes autonomes, comme on en croise tant au Québec. Lire la suite de ce billet »
Le parler des Québécois exprime leur crainte de la drague
Pour compléter la série de billets sur la peur du rejet, récemment signés par ma comparse Emmanuelle… Voici des tournures de phrases typiques du Québécois moyen qui ose enfin sortir de son silence, et surmonter sa peur d’avoir peur, pour se lancer dans l’arène de la drague. (Dans les exemples ci-dessous, un homme aborde une femme.)
- Formules convenues : «Tu viens souvent par ici ?», «On se connaît, il me semble…», «C’est quoi ton signe ?», etc.

- Il tutoie tout ce qui bouge : «J’peux-tu m’asseoir à côté de toi?»
- Une fâcheuse tendance à tourner autour du pot : «Puisque nous sommes assis au bar… Peut-être que je pourrais t’offrir un verre ? Si t’en as envie, bien sûr… Mais c’est vrai qu’on ne se connaît pas… T’es pas obligée d’accepter… J’aurais peut-être dû te dire que… En fait, ce n’est pas ce que je voulais te dire…», etc.
- Il va même jusqu’à s’excuser d’entrer en contact avec une inconnue : «S’cuse, là, je ne voudrais pas te déranger…»
Non mais, je vous le demande : comment peut-on charmer, envoûter une femme lorsqu’on s’excuse d’emblée de l’aborder, qu’on lui ressert des formules stéréotypées, qu’on bafouille et qu’on la tutoie à tour de bras ? Lire la suite de ce billet »

Jean-Sébastien Marsan
Emmanuelle Gril
Ce blogue est un complément au livre Les Québécois ne veulent plus
draguer, disponible en librairie; 99% du contenu de ce blogue est
original.